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BIOGRAPHIE (Ma Beauce)

2 Octobre 2014, 10:33am

Publié par DEVILLERS Dominique

L'arroseur arrosé

Comme je vous l'ai déjà dit, j'aime ma Beauce, ce pays si plat et si vide en apparence, qui regorge de surprises (ainsi que tous les endroits ou l'on s'attache, me semble t-il) !

Durant les années 80, m'occupant énormément d'associations locales, je prenais un réel plaisir à rencontrer les anciens des villages et récolter leurs souvenirs, voire ceux de leurs aÏeux. Et ainsi je collectais anecdotes, histoires et toutes sortes de choses qui se perdaient tant le monde se voulait tourné vers la modernité !....

J'ai souvent vu des larmes dans les yeux de ses vieillards qui se racontaient mais la plus belle anecdote est ce jour ou, ayant passé un après midi avec homme, il me dit en guise d'au revoir !...

- "Au revoir, Mr le curé !..."

Ivre de tous ses propos, il m'avait confondu avec le prêtre du village. C'est la première et la dernière fois que j'ai confessé quelqu'un.

C'est en son hommage, qu'il me revient en mémoire cette histoire qu'un autre paysan m'avait confié !...

En ce début de siècle dernier, les journées de labeurs étaient rudes pour les travailleurs ruraux mais on pensait à s'amuser aussi et les raisons ne manquaient pas, la fête du village, la fin des moissons etc !...

Dans les fermes, les aînés aiment à chahuter les plus jeunes. Et dans notre village, il existait une sorte de tradition qui aurait pu s'apparenter à une espèce d'initiation pour les apprentis ouvriers de ferme. Il s'agissait d'une variante de la fameuse chasse au dahut.

Aux beaux jours, quand le soleil se couchait , on confiait à un jeune adolescent un sac de jute, un bâton et charge à lui de ramener la "crapette" qui se nichait dans les bois. (Eh oui ! il y avait des bois en Beauce !...)

Cette fois, c'est un jeune garçon que nous appelleront Antoine, qui est désigné pour cette chasse particulière. Il doit être un peu anxieux, voire effrayé mais ce n'est qu'un jeu.

La plupart du temps, les gamins rentrent au bout d'une heure ou deux et on explique la supercherie !

Comme de coutume les hommes accompagnent le gamin à l'orée des bois, lui donnent les dernières recommandations et s'en retournent festoyer à la ferme. La Beauce n'est pas un pays de vignobles mais on y fait de la piquette et cela suffit à s'enivrer. Et pendant un moment on en oublie même le chasseur de "crapette".

Mais, quelqu'un finit par s'inquiéter. Antoine n'est pas revenu et la nuit va tomber. La fête prend une autre tournure. Les gens plus ou moins éméchés, donnent chacun leur avis et patati et patata etc... et dans le brouhaha on finit par se mettre d'accord. Il faut partir à sa recherche !.. Le gosse se sera perdu ou est tombé dans un trou, voire même attaqué par un animal.

Les hommes partent donc à sa recherche avec bâton et torche pour organiser une battue.

- "Antoine, Antoine... !!!"

On entend les cris et les coups de bâtons dans les branches et les ronces dans les bois..

Mais il faut se rendre à l'évidente ! Pas de gamin !...

Les hommes penauds finissent pas rentrer et racontent aux femmes affolées que l'arpette a disparu. La soirée tourne court, on reprendra les recherches demain matin et on préviendra la maréchaussée pour obtenir de l'aide.

Quand le jour se lève, il faut certes rechercher l'enfant mais avant il faut soigner les bêtes. Le palefrenier se rend donc à l'écurie pour s'occuper des chevaux et quand il pénètre dans l'écurie, il trouve.... Antoine qui dort comme un bébé bienheureux sur son lit de paille

La veille, le jeune ouvrier agricole, une fois les anciens partis, avait trouvé ce jeu complètement stupide et avait choisi d'aller se coucher, laissant les aînés à leurs propres agapes.

Tout le monde avait pensé à chercher dans la nature, mais personne n'avait songé à l'endroit le plus logique !...

Tel est pris qui croyait prendre. L'histoire ne dit pas si la "crapette" a continué les années suivantes.

La Beauce

La Beauce

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