BIOGRAPHIE
Noel
Nous venons de passer une des plus belles fêtes à mes yeux, et c'est le prétexte a me rappeler mes Noels d'enfance et ceux d'adulte plus tard.
Curieusement, ce ne sont pas forcemment des souvenirs heureux. Pas de quoi faire pleurer Margot, mais plutôt une mémorisation de grands moments d'ennuis.
J'ai toujours été un enfant qui regardait, analysait, rêvait et que les grands avaient tendance à effrayer.
Hormis que le sapin de Noel était mes cousines et ma tante qui arrivaient la veille toutes décorées de leurs maquillages et bijoux tout cela me paraissait fade.
Une semaine ou deux avant, il y avait un rite que je pourrais nommer : le "rite de riton". Mon père, Henry installait la crèche et c'était tout une affaire ! Il sortait de ses cartons le papier destiné à cet effet. Il le froissait conscieusement afin d'imiter une grotte et des rochers. Il mettait la paille, le coton qu'il conservait précieusement d'une année à l'autre. Puis, il posait les personnages dans la crèche avec une infinie précaution !.. Tout cela pouvait prendre un certain temps !... Nous avions le droit de regarder mais surtout pas de toucher !... Mon père ne faisait rien dans l'année mais là c'était du sérieux, je dois avouer que j'ai un peu de tendresse pour ces moments. Et quand nous rentrions de la messe de minuit, le petit Jésus était dans la paille, jamais avant, c'était la tradition.
Le 24, il fallait attendre la sus-nommée messe de minuit qui se passait à..... minuit à l'époque, c'était long !... Puis quand la messe se déroulait, enfant de coeur, je rêvassais et avait envie de dormir, excepté les chants de circonstance qui faisaient mon admiration.
Les réveillons étaient frugaux !... On ne se goinfrait pas comme maintenant, une soupe, une galantine un bout de gateau et... au lit.
Le lendemain matin, comme tous les gosses, on se précipitait au pied du sapin mais chez moi le Père Noel avait un gros défaut. Il avait tendance à grouper les cadeaux. Dans la famille, on a toujours "jumelé" mon frère et moi, on nous appelait "les gars". Alors, forcemment, il y avait de la déception et des disputes en perspective.
La fratrie nombreuse est compliquée. Souvent, j'aimais a essayer de m'isoler et me réfugier dans mes dessins et la lecture.
C'est pourquoi j'ai le souvenir d'un instant merveilleux lors d'un matin de Noel. J'avais une douzaines d'années et n'était plus enfant de choeur dans cette paroisse, avec tous les autres gamins, ou je m'ennuyais et ne gagnais jamais de médailles, de croix, ou de pourboire comme mes collègues fayots.
Non !... Là, j'étais enfant de choeur, à l'hôpital de Chartres et... seul !... chouchouté par les bonnes soeurs. Il y avait une contrainte cependant : se lever de très bonne heure car l'office se déroulait à six heures du matin.
Donc ce jour de Noel, je me rends à l'hôpital à pied. Il est environ cinq heure du matin !... Il fait nuit et la ville est absolument silencieuse et vide. Il règne un calme "fracassant" et il ... neige !... Je suis le premier à mettre mes pas dans cette poudre blanche. Je suis heureux ! C'est magnifique et cela reste à tout jamais gravé dans ma mémoire. Après ces messes, je prenais le petit déjeuner chez les soeurs et c'est le meilleur café au lait que je n'ai jamais bu !... Et elles m'offraient de petits présents.
Souvenirs, souvenirs !...
Pour revenir à mes Noels d'enfance, le matin les jouets distribués, je garde encore le souvenir hallucinant des petits déjeuners de mon oncle et de mon père. Je fixais la scène, les yeux ecarquillés !....
Mon père était Normand et mon oncle Percheron. Ceux qui connaissent ces régions ne seront guère etonnés mais pour les autres !... Attention.
Donc sur le coup de neufs heures, ils s'attablaient devant un grand bol de café !... C'est normal ! Mais suivaient... des rillettes.... du pain... des harengs saurs... des tripes.. de l'andouille... du beure, du camembert et peut être quelques restes de la veille !... Du vin blanc ou du cidre, sans oublier le calva !... Rien que du léger. Beaucoup d'entre vous me diront que c'était pareil dans leur région, c'est vrai !... Mais bien souvent, ils étaient paysans ou travailleurs de force et prenait leur petit déjeuner après trois heures de labeur. Mon père était employé de banque et tonton dessinateur en architecture. Il y a plus violent comme travail !...
La matinée se passait comme dans beaucoup de famille, je suppose !.. Et le temps du repas de Noel arrivait.
Encore une fois, je ne crois pas ce que je vais vous décrire soit différent des autres à ceci près que le repas, chez nous, pouvait tourner au sublime ou au cauchemar. Ma mère était très inventive mais très étourdie !... En cuisine !... Aussi, pouvait elle oublier la dinde au four !.. Ou amménager telle recette parce qu'elle n'avait pas tous les ingrédients, c'était la surprise !...
Autrement c'était classique !.. Les mômes sur une table à côté et les grands à la table d'honneur. En gros, tu étais grand, quand tu avais fait ta communion solennelle. Je m'ennuyais ferme. D'ailleurs, une fois, ma marraine voulant s'interesser à moi lance à la cantonnade :
- "Et bien, Dominique tu es particulièrement calme !.."
Et je réponds laconiquement du bout de la table :
- "Je m'emmerde !..."
Je ne me rappelle plus de l'effet de ma réponse ou si une claque a suivi !...
Alors j'écoutais les grands raconter leurs histoires et, comme dans beaucoup d'endroits, je suppose, au fur et à mesure que les plats arrivaient, qu'ils commencaient à s'enivrer la conversation partait sur la politique et ils finissaient toujous plus ou moins par s'engueuler !... Puis somnoler à la fin du repas !.... Et là seulement, on avait le droit de quitter la table, ouf !...
Puis, il y avait des Noels, sans ma mère. Elle était sage-femme et travaillait certains jours de fêtes. Dans ce cas la situation était semblable aux autres Noel. Nous faisions sans elle mais quand elle rentrait c'était la grosse colère !... Ils se comportaient comme à l'habitude comme au chapitre précédent !... Sauf que personne n'avait pensé à faire la vaisselle !... Oh l'histérie !....
C'est pourquoi, avec mon épouse, nous avons toujours essayé de recréer cette magie de Noel avec tous les attributs du genre, des repas ultra classiques et surtout le plus grands respect des enfants, ceux ci avaient le droit de parler à table et nous avons toujours éviter de parler politique !.. Par contre avant d'aller se coucher, une de mes filles avait décidé qu'il fallait mettre au pied du sapin un petit verre de goutte pour réchauffer le Père Noel. Je ne sais pas d'ou lui est venue cette idée mais celui-ci l'a remercie...... encore.
Puis pour finir ces anecdotes... Cela n'existe quasiment plus mais j'ai la chance de diner à l'ancienne chez des paysans bourguignons. C'était entre deux fêtes, il y a une trentaine d'années, et je découvrais une façon de vivre que je n'avais connu que dans les livres. Essayez de retrouver les menus du siècle dernier et vous serez effaré.
La cuisinière avait travaillé toute la journée, et le soir, nous attendait un repas pantagruélique. Je ne sais pas si ce que je vais vous raconter va vous affamer ou vous ecoeurer mais c'est ainsi et cela restera un des plus fabuleux repas de fêtes de ma vie.
Il y avait l'apéro qui était la seule concession au monde moderne. De nombreux gateaux apéro de toutes sortes mais il fallait bien ça pour éponger les trois ou quatre Ricards. Cela durait une à deux heures.
Puis on passait à table, les terrines nombreuses et variées étaient présentées puis les jambons et cochonailles. Tout fait maison. Le cochon était tué dans la semain d'avant. Le jambon cru était celui de l'année précédente.
Tu commençais à dégrafer ta ceinture gentiment quand tu voyais une merveille. La truite saumonée énorme, péchée dans la rivière du pays. Et c'est là que j'ai appris la contrebande !.. Les gamins allaient pêcher au filet la nuit !... Ils étaient fiers de me raconter ça et je ne sais pas pourquoi mais cela rajoutait au goût !...
Après ça, j'aurais bien fait une petite pause. Pas de problème; le patron avait prévu et nous servait la goutte. Celle qui arrache !... Pas une boisson de jeune fille !... Hein !...
Et on y retourne, la patronne se présentait avec les .... escargots. On ne parlait pas de douzaines !... on était sérieux le plat immense en comptaient des centaines !... Quel boulot !...
Là aussi, on parle de contrebande et les gosses m'expliquaient comment ils partaient avec des sacs d'engrais et ne rentraient que quand ceux ci étaient pleins. Jamais je n'ai autant apprécié la resquillerie. Et puis les escargots, c'est comme les carrés de chocolat, tu en prends un, puis deux, puis trois.... (la chasse aux escargots est très réglementée en Bourgogne).
A cet instant, il fallait vraiment une pause, on redesserrait un cran de la ceinture, on fumaitt une petite cigarette le temps de l'apparition de..... l'oie, rien que du léger !.... Une bête immense servie avec des marrons et un gratin de champignons. Pas besoin de vous expliquer d'ou venaient ceux-ci.
Oh ! mon Dieu ! Je commençais à m'affaler sur ma chaise, le temps d'attendre le plateau de fromages. La région n'en manque pas et qui n'a jamais mangé un "Epoisse" affiné ne connait rien à la vie ! Puis le Nuit St Georges, le Citeaux, le Comté ! J'arrête j'en peux plus !...
Et que dire de la bûche à la crème au beurre accompagnée d'une salade de fruits mis en bocaux à l'Automne !...
Il était tard, très tard alors on servait le café, les mignardises et bien sur.... la goutte !....
A cette heure, je devais avoir pris des bonnes couleurs. Mais vous allez me dire qu'il manque quelque chose à mon récit. Et que buvait on avec tous ces mets ?...
Voilà le Hic !... La Bourgogne est connue pour ces grands crus bien sur, mais dans les côtes de nuits, les côtes de Beaune etc.... Mais la bourgogne est vaste et dans la plaine de Saône on ne connait rien au Pinard. On fait dans l'oignon, les céréales, l'élevage mais pas dans le Picrate, néant. (Dans un autre article, je vous expliquerais où j'ai bu le pire vin de ma vie.) Et bien, avec ce fabuleux repas, j'ai ingurgité du blanc, du rouge certes mais du gros qui tache !... du vin de table. Rappelez vous ces marques célébres : Goulou, le vin des Rochers, la cuisse de Bergère !.... Mais avec des gens que l'on aime tout est bon et cela reste un maginifique souvenir.
Je ne sais pas si je vous ai fait saliver mais si c'est le cas et que vous appréciez ce monde de culture, agriculture, contrebande et fait maison, je vous recommande vivement un ouvrage : "La Billebaude" de Henri Vincenot, un régal sur la vie bourguignone.

