BIOGRAPHIE
Munich
Depuis quelques jours, il neige et cela me rappelle une période de ma vie exceptionnelle (comme le reste, je l'espère).
Nous sommes au début des années 80. Je m'en souviens très bien pour deux raisons. C'est la sortie de la "Boum" avec Sophie Marceau et ma femme est enceinte de notre dernière fille, Novembre 81.
A cette époque, je pratique un autre aspect de mon art. La création de stands pour des sociétés prestigieuses : Général Foods, bonbons Krema, Hollywood Chewing gum, Malabar, Renault etc....
C'est passionnant ! Cela ressemble à du décor de théatre et il faut faire de la lettre, de la déco, des éclairages etc... et beaucoup d'imagination... tout en respectant le cahier des charges !... Une formation supplémentaire qui fera ce que je suis !... (Tout ceci a un peu disparu puisque les ordinateurs font les lettres et les stands sont pratiquement tous en Technal Alu et sans grand intérêt).
J'aurai donc des tas d'anecdotes à raconter sur cette période mais celle ci vaut son pesant d'or. Je me suis associé avec un ami et nous sommes en pleine ascension. Cette semaine de Novembre, nous avons six stands à monter. Cinq en France et un à Munich. Nous nous organisons et je prends le stand de Bavière. Mon collègue prendra les cinq autres à Lyon qui sont tous au même endroit et beaucoup plus petits.
Nous quittons donc notre atelier, ma femme et moi, le vendred imatin, de bonne heure pour nous rendre à Munich. Juste neuf cents kilomètres avec un Ford transit réhaussé dont la vitesse de pointe est de 90km/h....
Tout va bien !.... Une bonne journée de voyage et soixante douze heures pour monter notre stand. C'est du tout cuit et mardi prochain nous serons au top !....
Nous nous dirigeons donc vers Paris, puis l'A4, direction Strasbourg mais notre camion n'avance pas vite et, à une moyenne de 60km/h, le vendredi soir nous ne sommes pas encore à destination et je suis fatigué. Nous décidons donc de nous arrêter pour manger et dormir dans un hôtel au bord de l'autoroute. Patricia ne conduit pas encore et je dois économiser mes forces. L'endroit est plus ou moins agréable, nous sommes sur une aire de stationnement. Je m'en serais bien contenté mais nous avons la surprise d'avoir des voisins plus que bruyants. En effet, ce vendredi soir ils ont eu la bonne idée d'organiser un mariage Juif. Je me moque des religions mais je peux affirmer que c'est bruyant !....
Donc, le lendemain, après une nuit agitée, une douche et un petit déjeuner nous reprenons la route et finisssons par arriver à Strasbourg. Et là !.. Une surprise nous attend !... L'Europe a encore des frontières et les douaniers sont des fonctionnaires. Ils ne travaillent pas le samedi et le dimanche (pour les transports) grosse déception !... Je n'avais pas pensé à ça !... Et nous voilà dans la file des camions en attente pour lundi matin. Et d'un coup, nous perdons quarante huit heures pour installer notre stand. Bon ! C'est l'administration et il n'y a pas moyen d'y couper. Va falloir occuper le temps.
Il y a bien des hôtels autour de la frontière mais ce ne sont pas spécialement des lieux bon marché. A la guerre comme à la guerre. Nous nous installons dans un genre de Novotel.
L'endroit est spacieux mais la bouffe est dégueulasse !....Je me vengerai sur le mini bar dans la soirée. Bref ! Nous récupérons de la nuit d'avant et le dimanche nous jouons les touristes bien malgré nous. Heureusement je connais Strasbourg et le centre est très agréable et la cathédrale avec son Horloge reste fascinante mais, les enfoirés, ils viennent d'inventer un nouveau truc !... Il faut mettre des pièces pour voir tel ou tel endroit à l'interieur !... Sacré religieux !... Dernière nuit dans notre hôtel de luxe !...
Le lundi, nous prenons la route, un peu stressés car il ne s'agit pas de perdre de temps mais nous avançons au rythme du camion. Vive les descentes !... A bas les montées !.. On passe Stuttgart, Ulm !.. Et chaque heure qui passe nous raccourcit notre temps de travail !.. Nous approchons de la Bavière et Merde !... Une tempête de neige nous arrive dessus. Déjà que cet engin n'avance pas, si en plus faut se taper le vent et les flocons !... C'est pas grave, on roule à la vitesse de l'escargot mais on approche ! Faut le tenir le camion avec le vent !... J'aurais plus appris de la conduite en vingt quatre heure qu'à l'auto-école !... Bon !... On a traversé la tempête et on finit par arriver à Munich.... Par chance, j'ai toujours eu le sens de l'orientation et trouve assez facilement le parc des expositions. Par contre, mon Allemand est plus que précaire et j'ai appris un mot que je n'oublirai jamais : "STADMITTE". Depuis mon entrée dans cette ville, je n'arrête pas de le voir sur des panneaux et en bon français, je pense qu'il parle du fameux stade de Munich. En fait, il s'agit du centre ville !...
Nous voici donc à destinitaion !.. Nous sommes le lundi à seize heures et le salon commence demain à neuf heures... Nous avons dix sept heures pour installer au lieu de soixante douze !... Mais les ennuis ne sont pas finis !...
Mes voisins et collègues qui sont là depuis deux jours ont fini par penser que l'on ne viendrait plus et ils ont mis tous leurs déchets et poubelles sur notre emplacement. Alors, au boulot ! Il faut dégager. Nous retroussons nos manches et faisons le ménage... Une heure plus tard, l'endroit est propre, il nous reste seize heures.
Nous commençons donc à vider le camion. Bien entendu, nous avons fait une maquette à l'atelier. Mon associé s'est occupé de la menuiserie et j'ai fait les lettres, les décors et la peinture. Donc tout est rangé en conséquence. Cette fois ci, nous travaillons pour MATRA OPTIQUE et devons leur réaliser un salon d'accueil entouré de vitres décorées de lettres et de leur logo, diverses vitrines et éclairages !... Il nous reste quinze heures.
Je commence donc à vouloir assembler mes pièces de bois pour les cloisons du salon mais... C'est pas vrai.. Nous sommes maudits !.. Juste un lundi noir !... Cela n'arrive jamais mais aujourd'hui les tenons sont plus gros que les mortaises. J'ai de l'outillage mais pas forcément des ciseaux à bois. J'avise donc une lime et avec toute mon énergie j'arrive à corriger le problème au bout d'une heure ou deux !... Je suis en nage mais pas question d'arrêter. Ma femme me connait et dans ces moments là je ne suis pas spécialement marrant. Il nous reste treize heures....
J'ai un bon ouvrier avec moi et nous nous entendons bien. Nous commençons à monter notre stand, les soucis sont derrière nous et qui au sol, qui sur un escabeau, chacun s'affaire à sa tâche. On visse, on cloue, on pose les vitres, on ôte les protections. Il est vingt et une heure, on a besoin d'une pause. C'est rare mais ils ont laissé la buvette ouverte. Une saucisse frite, une bière et on repart au boulot. Il nous reste onze heures trente. C'est bizarre mais les stands avoisinants se vident. Les autres nous regardent en rentrant de leur travail, se demandant si nous réussirons. Il leur reste les fleurs à installer et défaire les protections pour demain. Nous sommes à la moitié de notre montage, à peine !...
A un moment nous sommes quasiment seuls dans le hall, accompagnés par les gardes et leurs chiens. Les gars sont sympas. Je ne comprends rien à ce qu'ils disent mais je sens qu'ils nous encouragent ou peut-être se moquent-ils ?.... Mais je n'ai pas le temps de philosopher !... On est crevés mais on avance.
Trois heures du matin, il nous reste six heures. La déco a bien avancé, je vais attaquer les cablages pour éclairer tout ceci. Je déroule les fils, raccorde avec mes dés, je scotche, je coupe !... Allez !... c'est bon !...
Cinq heures, il reste quatre heures. Je commence à y croire !... Soudain surgit un homme en uniforme !.. Il me montre mes fils électriques, baragouine je ne sais quoi et je sens qu'il n'est pas tout à fait satisfait. C'est un homme de la sécurité du salon !... Je réponds "Ya...ya !..." Histoire de dire quelque chose ! Mais on ne discute pas avec la rigueur allemenade. Il n'a pas l'air content et je devine qu'il s'agit de mon électricité. Puis... Ils'en va !... Ouf !... Je continue mon installation avec mes dés !... Une demi-heure après, il revient.. avec des boites de dérivation dans les mains. Je comprends !... Mes raccordements avec mes dés ne lui plaisent pas et avec forces gestes il me demande de me servir de ses boites : "Ya...ya !..." C'est tout ce que je sais dire !.. Il me quitte. Il reste trois heures....
Je ne peux pas reprendre mon installation, je suis fatigué, il faut trouver une solution. Système D, à la française !... Comme j'aimerais un bon café !... Tant pis, j'y vais au culot. J'attrape tous mes fils visibles, les attache ensemble quand je peux et je bascule tout derrière les cloisons. Je scotche et fixe sérieusement l'ensemble. On ne voit pratiquement plus rien, côté visiteurs et je continue mon travail. Plus que deux heures !...
Le bonhomme revient, je m'angoisse... mais... il est content ! Il ne voit plus rien. Pour lui tout est OK. Il me félicite et s'en va. La rigueur allemenade contre la roublardise française. Du coup, j'ai des boites de dérivations gratuites !...
Je suis tellement concentré sur mon affaire que je n'avais pas remarqué mais depuis une heures des gars ont commencé à arriver sur leurs stands. Ils sont propres et frais dispo pour finir leurs derniers détails. Certains s'arrêtent et je sens leur regard admiratif, d'autres doivent se demander si nous allons nous en sortir. Nous, on est sales et fatigués !...
Une heure !... Oui, une heure avant l'ouverture....
Le directeur du stand de MATRA OPTIQUE arrive. Il avait été mis au courant de notre retard. C'est un homme jeune élégant, habillé d'un long manteau noir et d'une écharpe blanche en cachemire. Je lui explique vite fait la situation. Il a l'air plutôt intelligent et à peu près rassuré. Nous serons en retard mais il aura son stand et assumera son salon ! Il me confie les objets à mettre en vitrine, les prospectus, etc... Nous encourage et nous quitte. Il reviendra à l'ouverture dans quarante cinq minutes.
Nous continuons, arrivons aux finitions. Laver les vitres, arranger quelques coussins, mettre en place les objets d'optique.... Dring !.... Dring !.... Oh merde, il est neuf heures !...On entend les hauts-parleurs et sans connaitre la langue, je comprends que les choses se mettent en place pour l'inauguration !... Par chance, nous sommes assez loin du début du cortège !... Il nous reste à enlever le plastique de protection de la moquette et passer l'aspirateur. Le type de MATRA OPTIQUE revient, nous sommes épuisés. Patricia qui je vous le rappelle, est enceinte de trois mois est en pleurs mais elle assume !.. J'attrape mon cutter et découpe le plastique de la moquette. Patricia, en larmes, prend l'aspirateur pour passer un petit coup final. Le cortège des élus se rapproche.... Et le directeur, dans son costume, manteau et écharpe prend l'aspirateur de Patricia et, sans un mot, entreprend de finir le travail !.. Quelle élégance !...
Il est neuf quinze, peut être trente. Le cortège est au début de notre allée. Nous avons fini, ils ne nous verront pas. Mission réussie !... Nous n'avons pas le temps de nous congratuler avec notre interlocuteur. Il est heureux, nous aussi.... On se reverra plus tard !... Nous attrapons notre plastique, l'escabeau, deux, trois trucs et nous nous éclipsons.
On charge le camion, on quitte le parc des expositions, on trouve un hôtel !... Il doit être onze heures du matin ce mardi et nous sommes éveillés depuis... le lundi cinq heures. Vingt neuf heures sans sommeil. Notre chambre est très sympa !... et... nous dormirons jusqu'au lendemain midi.
A suivre......
