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dominiquedevillers.overblog.com

BIOGRAPHIE

14 Décembre 2012, 15:56pm

Publié par DEVILLERS Dominique

Le nègre

Dans le début des années70, une opportunité s'offre à moi. J'ai besoin de parfaire ma formation et je saute sur l'occasion. Un artiste peintre recherche des "nègres" pour l'aider dans son oeuvre. Les sus-nommés sont connus en littérature mais beaucoup moins dans notre métier. En peinture, on parlera pudiquement d'élèves mais cela n'a pas tout a fait le même sens. Les jeunes pourraient être apparentés à des apprentis. Mais en l'occurence il s'agit bien, ici, de "nègre".

Nous sommes donc quatre compagnons embauchés. Ca sent un peu l'arnaque mais bon !.... Je vais apprendre plein de choses utiles à mon futur métier.

Mr C.. est un artiste qui peint avec cinq styles et signatures différents (je le ferai, plus tard, moi aussi). Mais là on frôle l'escroquerie ; c'est qu'il les vend aux Américains comme "tableaux originaux" alors qu'il utilise la sérigraphie. C'est d'ailleurs avec ce procédé que j'apprendrai la première chose trés importante: Il faut mettre de l'eau dans la Javel !..... Mes doigts s'en souviennent encore !...

La sérigraphie est un moyen semi artisanal de reproduction. A l'aide d'un chassis entoilé de soie ou de nylon, vous pouvez créer un dessin que vous reproduisez à l'envie. Votre cadre est recouvert d'une couche de pâte verdâtre, puis vous passez votre dessin sur celui ci. Le tout est passé sous une lampe à ultra violet. La lumière ne traverse pas le dessin. Vous sortez le cadre, vous rincez et il suffit de passer de l'encre avec une spatule qui traverse la soie non imprimée. Pardon de ne pas être plus précis mais ceux sont des souvenirs de plus de quarante ans. Après le passage de l'encre ; il faudra nettoyer le cadre pour s'en servir à nouveau d'ou mon problème avec l'eau de javel.

Ce poste était le mien mais chacun était polyvalent, ce qui m'a appris à travailler à la manière de.......

Ainsi, les dessins imprimés sur la toile, un jour, j'étais coloriste, peignant les personnages un peu naîfs de ... Untel.... Le lendemain, je sortais une dizaine de ciels, façon... Tartempion.... Le jour d'après je peignais une quantité de paysages signés... Dugenou... Et mes camarades faisaient de même.

J'étais trés heureux et apprenais beaucoup, bien plus que dans une école d'art !.. Et nous gagnions notre vie !..

Cette situation a duré entre six mois et un an, je ne me souviens pas bien !.... Et un jour !.......

Nous avons vu arriver un homme et nous avons vite compris qu'il y avait un problème. Celui ci etait le courtier !.. Ils se sont isolés dans un coin et, leur conversation finie, nous étions virés!...

L'explication etait simple!

Ils vendaient, je vous l'ai déjà dit, les tableaux comme "originaux" et ce qui ne devait jamais arriver a eu lieu. Un client d'une ville du nord des Etats-Unis a revu la même toile dans une cité Californienne (vous imaginez la distance). Vous connaissez le côté procédurier des américains et les avocats étaient déjà au garde à vous là bas. Une aventure se terminait.

Je n'ai plus jamais entendu parler de lui, si ce n'est une fois ou j'ai appris qu'il s'était fait tabassé à St Tropez, essayant de vendre ses toiles sur le port mais vous savez que les places sont chères à cet endroit car il faut s'acquitter d'un droit comme à Montmartre afin de pouvoir exposer. Les artistes se battent car l'emplacement est juteux !....

L'histoire pourrait s'arreter là mais il m'est arrivé une anecdote durant mon séjour en ces lieux.

J'étais à mon aise m'insrtuisant, aimant mon travail et nous étions dans un cadre idyllique. L'atelier etait une ancienne école entourée d'un champ dans lequel s'ébattait un couple d'ânes. Le midi, pendant la pause, mangeant à la gamelle, nous nous amusions de les voir s'accoupler, gambader et admirions la grandeur de la "chose" de monsieur.

Un aprés-midi, un homme arrive. Un genre de cadre commercial avec la panoplie : costume, cravate et attaché case, il s'adresse à Mr C.... et demande à me parler. Je ne connais pas cet homme, ni d'Eve, ni d'Adam. Nous nous mettons à l'écart et je l'écoute. Il me dit qu'il a entendu parler de moi (je cherche toujours par qui ?..) et qu'il recrute pour la grande usine de cartonnage du coin. Il recherche un dessinateur pour créer et illustrer tous leurs emballages. Il me propose deux à trois fois le smic que je gagne ici !....

Je regarde alors les ânes qui jouent dans la prairie... et lui demande.... : "Et des ânes comme çà !... vous en avez dans votre boite ?....". Stupefait, il balbutie... "Euh... ben... non !..." et je décline son offre !... Je suis sur qu'aujourdhui encore il se demande quel genre d'abruti j'étais !....

J'ai peut être loupé, ce jour là, la carrière de ma vie mais j'ai découvert mon esprit bucolique puis si j'avais accepté je n'aurai rien à vous raconter aujourdhui !......

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